Samedi 7 janvier 2012
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Il ne va pas de soi de raconter son histoire ou une tranche de vie, de façon à expliquer ce qui m'amène à vouloir être art-thérapeute, dans
un contexte social et médico-social qui cerne mal cette profession. Aussi chaque histoire est celle dont on veut bien se souvenir et qui s'est transformée au grès des expériences
vécues.
Tout d'abord, je viens du Social, d'un certain terrain de la relation à l'autre au quotidien, où j'ai exercé en tant qu'éducatrice
spécialisée en internat avec des adolescents surtout, mais aussi des adultes déficients intellectuels ou autistes.
Et dans le cadre de ma pratique éducative, je n'ai jamais pu me passer de ces moments de rencontres "extra-ordinaires" que m'offraient le
dessin, les histoires, la terre... Ces moments partagés qui rendaient la relation authentique avec des personnes qui, en entrant dans une institution et quelque soit le bien fondé de la
séparation de leur environnement familial, se trouvaient coupées de tous repères. Difficulté qui venait s'ajouter aux écorchures vives de leur histoire.
Il ne s'agissait pas juste d'un divertissement, car d'un point de vue clinique, ces temps partagés me permettaient de connaître davantage
les personnes pour lesquelles j'étais chargée de construire un projet individuel.
"Pour" lesquelles ? Non "avec" lesquelles je construisais un projet individuel et menais une vie en groupe.
Ce qui fonde pour moi une pratique du quotidien, qu'elle soit éducative ou celle de l'art-thérapie. C'est à dire qu'elle ne se nourrie pas
de grands mots mais de petits actes. Aux grands mots, je préfère la réflexion partagée, apprendre de ma pratique pour mieux comprendre.
Et c'est progressivement à partir de ce désir de comprendre que j'en suis arrivée à l'art-thérapie, quand j'ai eu besoin de faire une pause
dans ma vie. Une pause pour me reposer les vraies questions.
Cette situation rendue nécessaire sur mon chemin personnel n'était pas grave, un tout petit rien mais qui, si je l'avais pas entendu,
m'aurait certainement conduite dans une existence dépourvue de sens. L'entendre m'a permis de troquer la plainte contre le désir et de faire des choix personnels.
"Choix personnels", ceux dont on assume la responsabilité pleine et entière. Ce qui ne va pas sans risque et sans peur. Mais chaque pas
effectué vers plus de liberté psychique est un bonheur nouveau.
Y compris, en tant qu'art-thérapeute, il va sans dire que ce chemin de rencontres, de formation et d'engagement social
continue.
Ainsi, je définirai l'art quand il est accolé à thérapie, comme l'enfance de l'art, voire la préhistoire de l'art, l'art de la Trace, de
laisser des traces de soi, de chercher à retrouver les traces que l'autre a laissé en soi, pour les faire grandir comme pour mieux s'en libérer. Prendre appui sur le passé pour construire
du nouveau et vivre le présent.
Ma créativité se nourrie des terrains naturels de jeu de mon enfance, des rires partagés et de l'amour inconditionnel, des rencontres
importantes mais aussi de mes manques, de mes ras-le-bol, de mes questionnements. Je l'ai exprimée bien avant de connaître l'art-thérapie par la pratique de la terre, de la peinture, des
collages, de la poésie...comme autant de ressources qui soutiennent dans les situations difficiles, qui entraînent les sourires de l'auto-dérision, et le plaisir de la
découverte.
Malgré le mot de thérapie et même si le contexte personnel qui entraîne une demande d'aide est compliqué, les ateliers sont pas des moments
tristes.
Ils sont certes des lieux d'expression émotionnelle, mais le plaisir pris dans l'expérimentation et la transformation de la matière vient
remplacer doucement la durêté des éprouvés.
A suivre prochainement, "le chemin à parcourrir" ;.) ou le chemin "à part courrir"...